Le droit au blasphème, un droit en voie d’extinction

A vrai dire, ce n’est même pas un droit, c’est une sorte de sous-droit qui est inclue dans une grande catégorie : la liberté d’expression.

Charlie Hebdo et ses unes « provocatrices »

Et oui, car apparemment aujourd’hui, une une qui blasphème l’Islam n’est pas qu’un simple blasphème, c’est une provocation.  Alors pour ou contre les caricatures de Mahommet, c’est selon les sensibilités, comme l’humour.  Peut-on rire de tout ?  C’est une réponse sans fin !  Ce qui est sur, c’est que l’on peut faire des blagues sur tout.

Tout ?

Comme des blagues racistes ? anti-sémites ? sexistes ? homophobes ?  Officiellement, dans la loi de notre pays, qui est un état de droit laïc, je me permets de le souligner pour ceux qui auraient oublié, ces « blagues » n’ont pas leur place en société, c’est à dire en public.  Il reste le droit à chacun de le penser dans sa tête.   On notera que l’on grince plus facilement des dents sur les blagues racistes que les blagues sexistes par exemple.  Là encore, c’est une question d’évolution des mentalités.

Reste la question de la religion.  Au delà de l’humour, on pense aussi à l’Art, comme les caricatures (qui est une forme d’humour) par exemple, ou la littérature, ou le cinéma.  Je vous l’accorde les caricatures de fait pas partie des Beaux-Arts, tout comme une malheureuse vidéo low-budget sur YouTube n’est pas un chef-d’oeuvre.  L’Art doit-il être censuré, voire s’auto-censuré ?  Peut-on limiter les sujets auxquels l’Art se prête ?

La liberté d’expression, sans concession

La liberté d’expression fait partie des droits de l’Homme et est un droit pour tout citoyen français (et occidental en général).  Le droit d’exercer une religion est un droit privé.  La loi et l’Etat, et en particulier la laïcité, doivent primer.  Ainsi, il est absolument normal et acceptable de caricaturer la religion.

Si on admet, comme les politiques qui se sont exprimés semblent vouloir nous faire penser, que Charlie Hebdo est en « faute », que c’est une erreur d’avoir publié ces caricatures, alors nous creusons la première fissure au barrage.  Imaginez la liberté d’expression comme un grand barrage qui retient l’eau des fanatiques, illuminés et autres castrateurs.  Une seule fissure est nous créons un précédent, une sorte de jurisprudence.  Si nous acceptons que Charlie Hebdo soit montré du doigt, alors demain les fanatiques (religieux ou autres) se sentiront légitimes et nous rappellerons notre jugement : « Tel journal publie un article qui nous déplait, alors nous avons le droit, comme en 2012 avec le cas des caricatures de Charlie Hebdo, de faire ceci ou cela ».

Nous ne devons pas faiblir.  Il n’y a pas de petites défaites, il n’y a pas de compromis.  La liberté d’expression doit être sans limite, ou ne sera pas.

 

La réponse de Charlie Hebdo

Je suis particulièrement fan de l’opération « Deux unes » de Charlie Hebdo.  Au lieu de discutayer, ils ont fast-forwardé à la dernière étape.  Quand on supprime la liberté d’expression, on se retrouve avec un journal (et une presse en générale) vide, vide de mots et vide de sens.  Le poid des mots, le choc des photos, comme disait le slogan.  Vous voulez un journal responsable, qui ne froissera personne : vous aurez une presse inutile.

 

Terrorisme de la pensée

J’aimerai que l’on se penche sur l’étymologie du mot terrorisme.  Il vient de terreur.  Les terroristes sèment la terreur.  On a peur, nous les victimes.  Peur de prendre les transports en commun, peur de prendre l’avion, peur d’une bombe, peur d’un virus, peur de blasphémer une religion qui n’est même pas la notre (car la France est certes d’origine judéo-chrétienne, mais surtout est un état LAIC).

On a peur.

On dit qu’on « provoque ».  Si on « provoque », alors on « mérite » les bombes ? Le fait de dire « provocation » nous amène à justifier les actions terroristes, comme une sorte de liens de cause à effet.

Doit-on avoir peur des mots, peur d’offenser, comme un journaliste d’un pays en dictature a peur d’aborder les sujets qui fâchent ?

Quand le terrorisme nous terrorise alors ils ont gagné, non pas que ce soit un jeu, mais dès l’instant où on a peur, on va jouer avec leurs règles.  C’est la dictature de la pensé.

Quelle est la prochaine étape ? Plus d’articles sur l’Islam ? Plus de livres ? Plus de vidéos ? Plus de blogs ?

 

Deux poids, deux mesures

J’aimerai vous faire part d’une comparaison avec la Chine, oui ce grand méchant qui censure son internet et son peuple (sic!).  Quand la Chine, pour éviter des débordements, des émeutes (violentes), des morts, coupe tous moyens de communication au Xinjiang et limite la presse (étrangère) et dicte les mots à la presse (chinoise), la France crie au scandale, à la répression, au non-respect des droits de l’Homme etc…  Ou quand un journaliste est condamné car il aborde les sujets qui fâche (Tibet par exemple, ou camp de travail), c’est le branle-bas-de-combat : la Chine est une dictature ! C’est inadmissible ! C’est bafoué la liberté d’expression ! (et j’en passe)

Mais alors, quand dans son propre pays, Charlie Hebdo « ose » publier des caricatures de Mahomet, alors c’est Charlie Hebdo le grand méchant loup.

On pourrait aussi parler des Pussy Riots, qui chantent des chansons « blasphématoires » au coeur d’une église.  Mais là, c’est normal !  Là, c’est de la faute à Poutine.

N’était-ce pas la France qui criait victoire lors des printemps arabes, se réjouissant de voir tous ses journalistes libres de s’exprimer, sans arrière-pensées et sans censure ?

 

Des musulmans plus tolérants

Je dois être bête, ou très égoïste, mais étonnamment, j’en ai rien à secouer de ce qui se passe chez les autres. Rien de rien !  Parce que ça ne m’intéresse pas, et ça ne me regarde pas.

De l’autre côté de la Méditerranée, les fous et fanatiques se croient les gendarmes de Dieu.  « L’Amérique a dit ça sur ma religion, vite, je vais anéantir l’Amérique ».  Outre le fait que tuer des gens, même des « infidèles » semble être (à mes yeux) une horreur bien plus grande qu’une vidéo YouTube, je ne comprends pas pourquoi ils ressentent ce besoin d’aller réparer le mal !

Je crois (personnellement) qu’il est ultra important, si on veut avoir des musulmans plus tolérants, de les habituer au blasphème 😉 mais aussi à la critique de leur religion.  Si personne ne critique, comment voulez-vous élever les esprits ?  Si personne ne remet en cause votre croyance, vous continuez à y croire bêtement, sans réflexion aucune.  Athée convaincue, je crois que bien du monde aurait besoin d’une piqûre de rappel sur le siècle des Lumières et le God is dead de Nietzche.

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